L’après-éveil
Que se passe-t-il après un éveil spirituel ?
Rien. Tout change, rien ne change.
J’ai discuté avec Liv et quelques personnes du milieu des derniers questionnements et de certaines difficultés que j’ai pu rencontrer récemment. Notre cheminement est à la fois individuel et collectif, dans le sens où ce que nous vivons peut se retrouver dans le parcours d’autres personnes.
Lorsque l’on vit un éveil spirituel, on peut avoir tendance à penser que tout va changer. Ce dernier est tellement intense, incroyable, et balaye tout sur son passage, qu’il ne peut qu’y avoir un avant et un après. C’est la croyance que j’ai eue. Et intérieurement, je l’espère toujours.
Lors de mon deuxième éveil, j’ai vécu la nuit noire de l’âme, et lors de cette dernière, j’ai, entre autre, conscientisé le fait que j’étais une conscience qui faisait l’expérience de cette vie, de cette réalité, à travers ce corps, ce persona, cette identité, mais que je n’étais pas cette identité (mon prénom, mon passé, etc.), que c’était une histoire, une construction, un récit, une croyance, une illusion… je n’ai pas les mots pour décrire cette conscientisation telle que je l’ai vécue et ressentie, mais le fait est que j’ai eu la sensation de mourir, de l’intérieur, que mon égo, ou quelque chose en moi, était en train de mourir.
Cette étape a été aussi difficile que libératrice. Lorsque l’on parle de guérison, on évoque souvent la mort de l’égo (ou de sa dissolution, les termes sont très souvent discutés et remis en question en spiritualité), et je pense, d’une certaine manière que c’est ce que j’ai vécu/ressenti, et ce, à plusieurs reprises. Mais cette nuit-là restera marquée dans ma mémoire comme une mort symbolique très très forte, faite de pleurs, de désintégration et de libérations.
Je m’étais même faite la réflexion que je n’avais plus peur de la mort, car je l’avais déjà vécue, et que la mort de mon corps physique ne signifierait pas la mort de ma conscience. Ce n’est pas quelque chose que j’ai intellectualisé comme si j’avais lu ce concept dans un livre, je l’ai conscientisé et intégré.
Cette nuit-là, j’ai eu envie de hurler comme jamais.
La quête de réponses ne faisait que commencer. Les recherches sont interminables, sans fin. Les éveils ont cette caractéristique d’ouvrir une porte qui mène à une infinité de nouveaux questionnements, et ces derniers semblent ne jamais avoir de fin.
Il y a évidemment la question de sens mais surtout : quelle est ma place dans ce monde, quel est mon but, que suis-je venue y faire ? Que vais-je faire de cette « vie », de cette incarnation selon certaines croyances ?
Lorsque l’on conscientise notre conscience, tout semble vain, rien ne semble avoir d’importance. Et pourtant, nous sommes là, nous habitons ce corps, nous avons cette chance d’être ici et là maintenant : que fait-on de ça ? On a souvent envie de tout faire, mais on se retrouve vite confrontés aux limites de ce monde.
Quelqu’un m’avait dit : lorsqu’on éveillé, on veut que tout aille plus vite, que tout arrive rapidement, la matière ne va pas assez vite, elle est trop lente. C’est exactement ce que j’ai ressenti : j’avais envie que tout bouge, tout change, j’étais envahie de mille idées, mais j’avais la sensation d’être prise dans une réalité trop lente, trop lourde, il y avait un décalage énorme entre moi-même et le monde, le système ; c’était extrêmement frustrant.
J’ai eu ces mini crises existentielles, ces remises en question sur la vacuité de ma vie et la vacuité de la vie de manière générale… comment peut-on vivre normalement, une fois que l’on a conscientisé tout ces aspects de notre réalité ? Plus rien ne fait sens et tout semble vain… ou presque.
J’ai même repensé au personnage de Cypher dans Matrix (que j’ai ÉVIDEMMENT revu lors de mon deuxième éveil), que je n’apprécie pas du tout, comme beaucoup je tends à croire, à me demander si je ne préférerai pas revenir en arrière et tout oublier, tant tout me semblait insupportable à vivre. J’avais pourtant dit, lors de mon deuxième éveil, que pour rien au monde que je ne retournerai en arrière.

Encore une fois, cela fait écho à ce que j’ai pu voir dernièrement après de nombreuses personnes et dans de nombreuses situations. La perte de sens dans le milieu du travail notamment :
Ce jeune développeur qui, avec l’arrivée de l’IA et de son utilisation a totalement perdu pied dans son dernier emploi (perte de sens).
Ce coach sorti d’HEC, ancien headhunter auprès de grands comptes qui, après de graves problèmes de santé, a remis en question sa conception du travail, de sa carrière et de la réussite sociale telle qu’on la lui avait vendue, et s’est tourné vers du bénévolat (quête de sens) et des jobs lui permettant de subvenir à ses besoins : “rien à faire de rouler en Mercedes, j’ai mon chat, une trottinette électrique et je suis heureux”.
Ils sont loin d’être les seuls et ces remises en question, loin d’être nouvelles, sont de plus en plus fréquentes car nous arrivons à la fin d’un cycle. J’ai participé à une réunion générale la semaine dernière pour le travail, et j’étais à la fois ravie et surprise de voir une espèce de révolution se mettre en place de la part de collègues. La Direction a repris l’argument de la définition même du travail, '“tripalium”, ce mot latin désignant un instrument de torture, et cette réponse, bien qu’étymologiquement juste, ne fait plus sens. C’est, selon moi, une croyance limitante très semblable à “Il faut souffrir pour être belle”, ou “La vie est une tartine de merde et on en mange un peu tours les jours” (merci papi pour celle-là).
Il est hors de question que je fasse du reframing pour adhérer à un système de croyance aussi délétère que violent pour n’importe quel individu. Nous méritons mieux.
Think out of the box. Toujours.


Encore un super article qui fait réfléchir. Bravo et continue dans ta démarche! J'espère qu'un jour on aura tes propres réponses à tes propres questions